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L’audace d’avoir du pouvoir

Dernière mise à jour : 9 mai

avec Cathy Collard Geiger, ex PDG de Picard


Qu’est-ce qui fait que l’on occupe un poste de direction dans un secteur masculin comme la grande distribution ? Est-ce l’audace, le travail, la passion qui nous anime ? Ou bien est-ce un mélange de tous ces éléments ?


La carrière de Cathy Collard s’est écrite exclusivement dans la grande distribution. Après avoir fait ses armes chez Auchan, de chef de rayon à directrice de projet international, elle est passée par Boulanger et Intermarché comme membre de comité de direction, puis a occupé le poste de PDG de Picard pour un peu plus de trois ans jusqu'à août 2023. 


Cathy a surtout toujours assumé son ambition et son envie de pouvoir. J’avais donc envie d’aller plus loin dans le rapport qu’elle entretient avec ce dernier et l’impact qu'ont pu avoir ses différents modèles (notamment masculins) dans le développement de son leadership. 



L’ex PDG de Picard, Cathy Collard, nous partage sa vision du pouvoir au féminin, de l’audace et la place de la confiance dans le management.


Le pouvoir, c’est une question d’audace


Si Cathy a répondu présente à mon invitation (et qu’elle participe régulièrement à ce type d’échanges), c’est en partie pour récompenser l’audace de ceux et celles qui la sollicitent. L’audace, de manière générale, est très liée à sa vision du pouvoir. 

“Ce qui fait de moi quelqu'un d'audacieux, c'est d’entreprendre dans une situation inédite. Le Covid, la crise du pouvoir d'achat et de l'énergie sont de vrais terrains de jeu pour réfléchir à ce que cela veut dire pour mon business, en quoi je vais en faire une opportunité et en quoi j'ose ? “

Dans un monde qui évolue de plus en plus vite, l’immobilisme revient presque à reculer. L’audace permet donc d’avancer, même dans un contexte incertain. C’est aussi un puissant levier de management, puisqu’il permet de laisser plus de marge de manœuvre à ses équipes. Mais aussi leur donner le bon exemple : celui d’oser prendre des initiatives, d’exprimer clairement leurs idées, etc.  


En ce sens, l’audace évolue main dans la main avec la confiance. Là encore, pour que ses collaborateurs osent prendre des risques, le manager doit créer les conditions de la confiance qui leur permettront de donner le meilleur d’eux-mêmes. Cela passe notamment par l’accessibilité et la proximité, avec une petite touche d'autodérision pour faire en sorte de tomber de son pied d'estale. 


La confiance se donne presque comme un élément constitutif du package de bienvenue de chaque nouveau collaborateur. En revanche, elle peut aussi être retirée lorsque les signaux indiquent qu’elle a été brisée (omissions ou même mensonges pour fuir ses responsabilités, etc.)



Revendiquer son attrait pour le pouvoir 


La confiance va dans les deux sens : elle se donne à ses équipes et ces dernières nous font confiance pour les embarquer dans une vision, un projet. Elle devient alors une forme de pouvoir : soit un terrain de jeu et une liberté qui permet d’impacter la direction que prend l’entreprise. 

“Moi j'aime le pouvoir parce que je ressens très vite ce qu'il faut entreprendre dans une entreprise. Plus j’ai des responsabilités, plus ça m'anime et me met en joie. j’ai le sentiment d’être terriblement engagée dans une mission et c’est ça qui me rend heureuse. il se trouve que plus j'ai de pouvoir, meilleure je suis et plus j’impacte la société. “

Inspirée par son père militaire et meneur d’hommes, Cathy a adopté cette vision du leadership qui consiste à faire corps. Elle manage à la Braveheart, immergée au sein de ses équipes et avec pour principal objectif de leur montrer le bon exemple. 


Cela demande évidemment un engagement très fort de la part de ses collaborateurs, qui ne sont pourtant pas toujours prêts à jouer leur vie. Pour gérer ses différents niveaux d’engagement, la clé est de se concentrer plus sur un état d’esprit, le respect de valeurs communes plutôt que sur des facteurs moins qualitatifs comme le nombre d'heures passées au travail. 


Cette vision du leadership, plus pragmatique, permet aussi de prendre en compte les évolutions du monde du travail et l’aspiration de ses collaborateurs à plus d’équilibre entre vie personnelle et professionnelle. 

“Je pense qu'il faut prendre en compte ce monde qui évolue, qu'on est plurielles, qu'on a différentes dimensions à servir et que quand que ce n’est que quand elles sont toutes bien servies que l’on est la meilleure version de soi-même”. 

Métier passion vs Métier alimentaire ? 


Un autre décalage que l’on peut avoir à gérer à des postes de direction est celui des niveaux de passions et d’implication entre les membres de nos équipes. C’est particulièrement vrai pour des métiers exigeants et en tension.  Le manager se doit d’être inspirant, insuffler de l’enthousiasme et de l’envie à ses collaborateurs. 


Cela peut aussi passer par le fait d’accepter que pour certains, il ne s’agit que d’un métier alimentaire ou d’une passerelle vers une prochaine étape dans leur carrière. D’autant plus que l’on sait que pour les membres de la GenZ, la fidélité à l'entreprise est beaucoup moins forte que pour ses prédécesseurs. Plutôt que de vouloir garder les talents à tout prix, on peut maximiser le chemin parcouru ensemble et leur donner des armes pour leurs prochains postes en bootant leur employabilité. 


Le désengagement de ses équipes peut aussi prendre un tournant plus extrême et se transformer en opposition, voire en crise. La clé pour le manager, lorsqu’il se retrouve face à une grève de ses employés par exemple, c'est de maintenir le dialogue et de comprendre les racines du conflit. 

“Qu'est ce qui, à un moment, a été moteur pour que la relation se casse ? Me poser ces questions m’a fait gagner beaucoup de temps et m’a pris de repartir de l’avant avec mes équipes. Car le contre-pouvoir c’est important. En revanche, ce qui n'est pas bienvenu, c'est effectivement la volonté de nuire au dirigeant ou à l'entreprise.”


Tracer sa route dans un monde masculin


Une des premières opposotion à laquelle on peut faire face lorsque l’on est une femme à un poste de direction, c’est le questionnement de notre légitimité. Pour se faire une place, et tracer sa route dans un monde masculin, cela demande d‘abord beaucoup de travail. Et bien souvent de mettre les bouchées doubles face aux hommes qui briguent les mêmes positions. 

“Je me suis toujours dit que pour être légitime sur un poste, il fallait déjà que je sois compétente. Donc j’ai eu systématiquement  l'honnêteté de dire qu’est-ce qu’il me manque pour le poste d’après, d’aller le chercher et de travailler pour l'obtenir.  C’est surement parce que l’on m’a dit que si je voulais être choisie face à un homme, il fallait que je sois meilleure”. 

Ce qui résulte évidemment d’une injustice peut néanmoins se transformer en moteur. Il force l’humilité et pousse à se frotter à différents métiers dans son secteur pour affirmer ses compétences, son expérience, et donc sa légitimité. Mais il sert aussi de points de fuite lorsque l’on sent que malgré tous nos efforts, il n’est plus possible d’évoluer dans l’entreprise. 


Comme notre dernière première ministre, l’arrivée d’une femme à un poste de pouvoir se fait aussi souvent dans un contexte de crise. Cathy a elle aussi été nommée DG dans un climat inédit, la crise du Covid, qui a encouragé les actionnaires de son groupe à lui faire confiance pour ne pas reproduire les schémas du passé, fondamentalement inopérants dans le contexte actuel. 



Transformer de la souffrance en compétence 


L’injustice et la souffrance qu’elle entraîne peut aussi devenir non plus un chemin de croix, mais un cheminement vers une plus grande compétence. 

“Le fait d’occuper tous ces métiers par le passé m’a fait gagner un temps fou, mais il m’a aussi permis de créer plus de valeur. Comme je les connais, je sais les accompagner.  Donc d'un parcours que j'ai vécu, tant que je n'étais pas arrivée à mon objectif, comme de la souffrance, une fois que j'étais PDG, je l'ai presque vécu comme quelque chose de salutaire”. 

Cette façon de retourner le stigmate dont l’on peut souffrir en tant que femme dans le monde du travail permet aussi de se libérer non seulement de la position de victime, mais aussi de la recherche de reconnaissance ou même de vengeance qui peut en découler. 

Plutôt que de transformer cette énergie en quelque chose de négatif et de regarder systématiquement en arrière, Cathy nous encourage à continuer de construire notre chemin, mettre ces épreuves au profit de sa réussite. Car comme dit le dicton, le positif attire le positif !

“J'ai le droit de pas être bien, j'ai le droit de pleurer, j'ai le droit d'être en colère, J'ai le droit de dire que j'ai souffert… Mais ça doit durer un temps et après on repart et on en fait quelque chose d' encore plus fort pour avancer”. 











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