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Une vision collective et émancipatrice du pouvoir au féminin

avec Claudia Ruzza de Positiv

Le pouvoir au féminin est une notion pour laquelle chacune a sa propre définition. Il peut avoir une dimension personnelle (prendre le pouvoir sur sa vie), plus collective (participer à façonner la société pour qu’elle soit plus juste)... Ou les deux. 


Cette ambivalence se retrouve dans le parcours et les prises de parole de Claudia Ruzza, la directrice générale de Positiv, une association qui accompagne les habitants de quartiers populaires à travers l'entrepreneuriat positif et l'amélioration de leur employabilité. L'objectif de cette association, c'est de proposer un autre discours sur les quartiers populaires et la diversité et ainsi faire évoluer la société. 


Claudia travaille pour cette ONG depuis 8 ans (ce qui représente la majorité de sa carrière) puisqu’elle y est entrée comme assistante partenariat et communication avant d’accéder au poste de présidente du directoire, et enfin directrice générale depuis plus d’un an. 


Ensemble, nous avons échangé sur la place des femmes dans la société et leur capacité à pouvoir tout faire. Claudia m’a également apporté sa définition du pouvoir (et du féminisme), profondément collective. 



La directrice générale de Positiv nous partage sa définition collective du féminisme en entreprise et du pouvoir au féminin.
Getty Image : Alonzo Design


Le féminisme : un combat collectif 


Comme beaucoup de femmes, Claudia ne s’est pas toujours définie comme féministe. Pour elle, c’est une notion qu’elle applique moins à titre individuel (s’étant par exemple toujours sentie autant capable que les hommes) et qui revêt plutôt un spectre d’action collectif. 


L’enjeu du féminisme, c’est de se battre toutes ensemble (en amenant les hommes avec nous) pour replacer les femmes au cœur des enjeux actuels, comme l’écologie ou la justice sociale. D’autant plus que nous nous tournons plus facilement vers les métiers de care, utiles à la société. 


A ce titre, la façon dont s’exprime notre pouvoir, mais aussi nos prises de parole, doivent être dans l’intérêt collectif, celui de toutes les femmes. Le message de fond est que nous pouvons faire ce que nous voulons plutôt que d’être réduites (et parfois nous réduire nous-mêmes) à des étiquettes limitantes. 


L’importance des feedbacks pour se sentir légitime


Pour prendre cette parole, il faut aussi se sentir légitime à le faire. Or lorsque l’on est jeune ou inexpérimentée, s’exprimer et être mise en lumière est souvent inconfortable. C’est avec la pratique que l’on apprend à accepter le regard que les autres portent sur nous. 


Les bons retours sont également indispensables pour dépasser le syndrome de l’imposteur. Ils peuvent émaner de notre famille, de nos professeurs, mais aussi de nos collaborateurs une fois intégré le marché du travail. Ces feedbacks positifs nous donnent beaucoup de force, surtout lorsque l’on arrive à un poste à responsabilités. 



Se sentir crédible à un poste de direction


La prise du poste de directrice a été particulièrement sensible pour Claudia : d’une part parce qu’elle était enceinte, mais aussi parce l’annonce l’a prise par surprise. Pourtant, elle avait été DGA pendant quelques mois avant sa nomination. Mais malgré cette transition “en douceur”, il reste souvent difficile de se sentir légitime. 

“C'est peut être la peur d'échouer ou la peur de mal faire qui fait que je me suis sentie illégitime. J'étais une femme jeune, dans un univers associatif où les dirigeants et les présidents d'associations sont souvent des hommes d'une d'un certain âge. Et donc je me sentais assez peu légitime au départ. En plus, c’est arrivé d’une manière qui n’était pas vraiment choisie. C'est une personne qui est partie et on m'a dit de reprendre le flambeau”. 

Quand on aime les défis, ces questions occupent un coin de notre tête pendant quelques minutes, mais ne nous empêchent pas pour autant de nous lancer. La crédibilité que l’on a construite sur le terrain, auprès de nos collaborateurs, peut aussi nous donner un boost de confiance. 


D’un autre côté, ces questionnements sont sains et permettent de nous rappeler que la légitimité n’est pas éternelle. Il est ainsi plus facile de ne pas s’enterrer sur un poste et de comprendre que l’on peut être la bonne personne à un moment donné, mais qu’il faut savoir laisser sa place lorsque le contexte a changé. 



Un leadership se joue collectif pour co-construire un cadre stratégique et embarquer ses équipes


Si nos équipes nous aident à gagner en légitimité lorsque l’on atteint des postes à responsabilités, leur soutien est aussi déterminant pour accompagner cette prise de poste. Là encore, Claudia garde une vision collective, son cap étant la réussite de la structure plus que celle de sa directrice. 


Pour assurer cette réussite collective, elle se nourrit d’échanges permanents avec ses collaborateurs. La direction pose un cadre dans lequel ces derniers peuvent pleinement prendre leurs responsabilités, mais ce cadre doit être co-construit. 


D’un autre côté, cette vision méticuleuse de la prise d’un poste de direction est très féminine. On a souvent la sensation qu’il faut en faire beaucoup plus pour convaincre, être capable de défendre un projet détaillé, argumenté. En plus des compétences qui nous légitiment à un tel niveau de responsabilités, nous devons aussi prouver notre capacité d’animation et de leadership. 


C’est ce qu’a fait Claudia en embarquant ses équipes pour collecter leurs feedbacks mais aussi les faire adhérer à ce nouveau cadre stratégique. 

“Cela demande beaucoup de temps, mais je le referais 100 fois, encore plus quand on a une organisation à taille humaine. C'est fou en fait que juste l'écoute, ça peut changer et on se rend pas compte du temps perdu quand on ne le fait pas. Quand on n’écoute pas les autres, on prend de mauvaises décisions. Écoutez, ça ne veut pas dire forcément aller dans leur sens, ça veut juste dire reconnaître qu’on ne sait pas tout,”

Le temps pris pour solliciter et embarquer ses équipes est bénéfique pour la directrice, qui consolide sa légitimité. Mais il est surtout pris dans l'intérêt de l’organisation. Les nouvelles générations sont de plus en plus sensibles au sens que l’on donne à leur travail, au fait d’être écoutées par leurs supérieurs. Si l’on veut que cela continue de tourner dans les entreprises, il faut donc leur offrir une autre réalité de la société et du monde du travail. 



Le pouvoir au féminin comme un levier d’émancipation


Et pour changer la société, il faut aussi reprendre le pouvoir sur cette dernière. Pour Claudia, la notion de pouvoir est ainsi profondément ancrée dans l’engagement. L’enjeu n’est pas de prendre le pouvoir pour le pouvoir (par ambition ou pour écraser les autres), mais pour être capable d’être qui l’on souhaite être, de faire ce qui nous rend profondément heureuses. C’est aussi une condition sine qua none à l’émancipation des femmes, à leur capacité de prendre leur place et de s’y sentir légitimes. 


L’égalité salariale entre hommes et femmes est un autre levier crucial pour que ce pouvoir soit effectif et réellement émancipateur. C’est un sujet particulièrement central dans le milieu associatif, où l’on retrouve une majorité de femmes (même dans les postes à responsabilité), en partie parce que les salaires sont moins intéressants que dans d’autres secteurs. 

“C'est quand même à la fois un côté positif parce que ça montre que dans les métiers en tension et les métiers de sens, ce sont les femmes qui sont à la manœuvre. En revanche, ça dit aussi que ce sont des métiers qui sont moins bien payés. Et et je considère que l'émancipation économique, c'est un des premiers leviers pour que les femmes soient à leur juste place et qu’on atteigne une réelle égalité hommes femmes”

A partir de cet état de fait, et des inégalités qui en découlent, les femmes peuvent néanmoins renverser la vapeur. Être majoritaires dans les métiers qui ont du sens est par exemple un atout pour transformer la société de l’intérieur. De la même manière que le fait d’avoir été reléguées pendant de nombreuses années  à la gestion du foyer (et de continuer encore aujourd’hui d’en assumer en grande partie la charge mentale) nous a permis de développer des compétences ultra pertinentes dans le monde du travail



Quand les femmes auront le droit d’être incompétentes…


Comme tous les épisodes du podcast, je termine mes échanges avec Claudia en lui demandant quels conseils elle donnerait à la femme qu’elle était lorsqu’elle a débuté sa carrière. Elle m’en a donné trois : 


  • Être plus douce avec soi-même ; 

  • Relativiser ses erreurs et reconnaître que ce n’est pas grave de se tromper ;

  • Toujours croire en soi. 


Aux futures femmes directrices, elle souhaite également qu’elles se posent moins de questions. Et surtout qu’elles se sentent le droit d’être incompétentes, qu’elles se libèrent de la pression de devoir toujours faire mieux et plus. Claudia formule d’ailleurs le même souhait pour les hommes, tout en les invitant à faire leur part et à mettre les meilleures personnes aux bons postes, indépendamment de leur genre.




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